La Papouasie

La Papouasie – j’associe cette région avec les hommes de l’âge de pierre qui vivent à moitié nus dans la jungle avec flèches et arcs et je me rappelle des rumeurs de cannibales et de chasseurs de tête. Un monde inoublié – en grande partie préservé par nos influences occidentales. Mais est-ce vraiment vrai? A quoi dois-je m’attendre?

 

 

Quelques faits

La Nouvelle-Guinée est la deuxième plus grande île du monde, divisée en deux. La partie orientale est formée par l’Etat indépendant de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. La partie occidentale, la Nouvelle-Guinée occidentale, qui appartient à l’Indonésie est divisée en deux provinces: la Papouasie occidentale – principalement connue pour ses  sites de plongée paradisiaques dans les îles Raja Ampat – et la Papouasie, le haut plateau central avec des montagnes culminant à plus de 5’000 mètres. La Papouasie est peuplée d’environ 320 peuples indigènes différents qui ont tous leurs propres langues, cultures et traditions. C’est précisément ici que mon voyage me conduira.

Planification de voyage pour la Papouasie

Le voyage est long jusqu’à Jayapura, la capitale de la Nouvelle-Guinée occidentale. Je réserve mes vols avec Singapore Airlines et je prévois un petit stop-over à Singapour afin de raccourcir un peu la longueur de ce voyage. Ensuite, je prends un vol de correspondance avec Singapore Airlines à destination de Jakarta puis un autre vol avec Gardua Indonesia vers Jayapura. Comme à Jayapura, je ne vais PAS recevoir le «Visa on Arrival», je fais le check-in jusqu’à Jakarta pour y effectuer les formalités d’immigration et recevoir le visa pour l’Indonésie. Finalement avec le vol de nuit, je m’envole donc pour Jayapura et me plonge dans le livre «L’enfant de la jungle» de Sabine Kuegler. Ce livre autobiographique me captive, m’envoûte… et m’embrouille aussi. Dans quelle aventure me suis-je embarqué?

Arrivée en Papaousie

Une fois arrivé à Jakarta, j’ai retrouvé mon collègue Philippe Dinkel. C’est donc à deux que nous continuons notre périple vers Jayapura où nous sommes accueillis par deux représentants de notre agence. Pour tromper l’attente sur notre vol de 30 minutes à peine vers Wamena, rien ne vaut un détour par le «Guten Morgen Kaffee»!!!

Nous entamons la dernière étape de notre périple. Lors de l’approche sur Wamena, une petite ville situé à 1’700 mètres d’altitude dans la vallée du Baliem, j’observe un peu déconcerté les épaves d’avion échelonnées des deux côtes de la piste d’atterrissage. Nous atterrissons BEL ET BIEN sur la piste, mais dans un autre monde. Peu de temps après, nous nous retrouvons déjà sur un marché et nous ne nous lassons pas d’admirer les étals bondés de fruits et légumes exotiques. Ici, les cochons se déplacent librement à travers le marché où l’on peut même acheter des bandeaux avec des oiseaux empaillés. Il est clair que ce ne sont pas les hommes et les femmes à moitié nus qui sont «les oiseaux rares», mais bien nous les Blancs! Nous sommes observés avec curiosité. Les enfants touchent notre peau claire et les hommes, comme les femmes, nous saluent par une poignée de main. Nous nous attendions pas à un traitement si amical et bienveillant. Nous sommes vraiment touchés et cela ne sera pas la première ni la dernière fois

 

 

Baliem Valley Resort

A une heure de route à peine de Wamena se situe le Baliem Valley Resort où nous passerons les prochains jours. La vue sur la vallée est grandiose.

 

Une bière bien fraîche

Maintenant, il est temps de profiter de la soirée et de s’offrir une bière bien fraîche. On ne peut que rêver car dans toute la Papouasie on ne sert pas d’alcool. Mais, il y a une bonne raison à cela. Wamena, la dernière station d’approvisionnement avant le «territoire sauvage», s’est fortement développée ces deux dernières décennies. De plus en plus de chercheurs et de professeurs s’y installent et même les habitants des villages voisins viennent souvent dans la petite ville pour acheter les aliments de base et des médicaments. Le choix des produits n’a cessé de s’élargir, et par la même occasion l’alcool aussi. Les hommes des tribus éloignées n’avaient encore jamais été en contact avec les boissons alcoolisées et tombèrent rapidement dans l’addiction. La pauvreté et la criminalité devinrent monnaie courante et le gouvernement indonésien a décidé d’agir avec fermeté et d’interdire l’alcool pour toute la région. Les exemples avec les indiens d’Amérique ou les aborigènes d’Australie ont montré quels effets dramatiques pouvaient avoir l’alcool sur les peuples autochtones.

Dans la soirée, nous savourons donc notre repas avec un verre d’eau et sommes heureux de pouvoir enfiler nos vestes et pulls. L’hôtel est perché à environ 1’900 mètres d’altitude et les températures chutes considérablement après le coucher du soleil.

 

 

Excursions dans un autre monde

Nous passons les prochains jours à entreprendre des excursions dans la vallée fertile du Baliem. La vallée est en grande partie accessible uniquement à pied, nos bonnes chaussures de marche ont été bien utiles! Nous traversons des champs, des rivières et d’importants dénivelés. Nous découvrons de petits villages dans lesquels nous sommes toujours très bien accueillis. Nous sommes accompagnés par un excellent guide qui fait bien sûr le lien entre nous et ce nouveau monde tout en répondant de façon détaillée à toutes nos questions. Les vues sur la vallée et les montagnes nous ont laissé bien souvent le souffle coupé. En chemin, nous croisons des gens de tribus éloignées qui sont en route pour Wamena. A noter, qu’ils traversent sans chaussure et à moitié nus les rivières, les forêts et les montagnes même à plus de 4’000 m d’altitude. Plus nous nous déplaçons, plus nous sommes conscients que ce mode de vie n’est pas une attraction touristique mais une pure réalité. Des questions sur le sens et l’absurdité de notre style de vie matérialiste me trottent dans la tête.
 
 
 

 

Costume traditionnel et vêtements

Le «costume» traditionnel que l’on voit en-dehors de mais aussi à Wamena se décrit de la manière suivante: les hommes portent uniquement un «kotaka» (un étui pénien) et les femmes une jupe en raphia. Ils marchent tous pieds nus et le torse à l’air. Lors d’événements festifs, on rajoute des peintures sur le corps, des bandeaux et divers «piercings», comme une dent de sanglier dans les narines. On porte également sur le front des sacs en fibre d’écorce. Mais comme des écoles ont été construites même dans les régions les plus reculées, les enfants et les jeunes adultes portent de plus en plus des shorts et des t-shirts.
 
 

 

Us et coutumes

La vieille de notre départ, nous sommes invités à une fête du cochon. Nous nous rendons au village dans la matinée et assistons à un combat mis en scène exprès pour nous. On danse, on chante et on fait un immense feu. Nous aidons à couper les légumes et les plantes et sommes immédiatement intégrés dans la communauté. Pendant ce temps, nous entendons des grognements puis voyons un cochon passer – oh pauvre petit cochon! Il est bien vite rattrapé par deux hommes qui lui attachent les pieds. Lentement, le chef de la tribu armé de flèches s’approche du cochon. Il vise, tire et touche directement le coeur. Le cochon se sauve mais tombe raide mort quelques secondes plus tard. Un petit cri d’effroi d’une touriste vient rompre ce silence de recueillement.
 
 
 
Certes, c’est une situation inhabituelle car nous ne connaissons que la viande sous un emballage stérile du rayon frais. Mais cette manière de procéder n’est-elle pas plus raisonnable que la tuerie anonyme dans nos abattoirs? Le chef de la tribu découpe le cochon, ses gestes sont précis et professionnels. Les morceaux immangeables sont mis de côté et offerts aux ancêtres en guise de remerciements. La manipulation respectueuse et soignée avec ce cochon mort nous a durablement impressionnée. Le tout est cuit pendant des heures avec des légumes dans un four creusé dans la terre pour l’occasion. Le chef de tribu attend que tout le clan soit réuni pour distribuer la nourriture et partager ce festin.
 
 

 

Un voyage impressionnant

Nous nous sommes préalablement posés la question s’il était nécessaire de se rendre dans de tels endroits. Est-ce que les autochtones n’ont-ils pas l’impression d’être exposés comme dans un zoo? N’introduisons-nous pas notre culture occidentale dans cette région isolée? Après avoir fait nos propres expériences, nous pouvons définitivement y répondre par un non! Même si la communication n’est pas facile, les rencontres sont cordiales, sincères, joyeuses et toujours accompagnées d’un sourire. Nous avons pu rencontrer des tribus qui partagent tout et qui vivent heureux tous ensemble. Pas de luxe, pas de désir, pas d’égoïsme mais un cadre social préservé. L’Homme et la communauté sont l’élément central. Nous ne nous sentions pas comme des observateurs silencieux qui à travers un objectif recherchent à faire de meilleures photos possibles pour Instagram, nous étions accueillis amicalement et introduits dans leurs us et coutumes. C’est justement parce qu’ils se rendent compte que leur vie va inévitablement changer, qu’ils souhaitent nous montrer avec fierté leur culture vivante afin qu’elle soit préservée pour les générations futures. Le dernier soir, un sentiment mélancolique nous envahit et la séparation est difficile. Nous aurions tant aimé rester encore quelques jours de plus en Papouasie, dans cet «autre monde»!

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